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Interview : Jean Philippe Pontier en direct de Norvège

Jean Philippe Pontier a 40ans, il habite en Norvège depuis 2011, et travaille en tant que guide pour la pêche à la mouche en été sur la rivière Glomma et les lacs de Hodalen et musher en hiver dans la Fjellregion, région des hauts plateaux du Hedmark où se court la Femundlopet.

Parle-nous de la Norvège, de la vie sur place ? Comment sont les gens ? Les habitudes que tu as prises ?

Comme j’ai déjà eu l’occasion de le raconter, dans le village où on est, il y a 80 habitants sur une grande surface, donc on n’est pas vraiment gênés par les voisins. On dirait que c’est comme un vieux village en France d’il y a trente ans, où les gens se parlent encore, vivent encore en communauté, font des choses ensembles, t’impliquent dans la vie du village. Bon en fait moi je suis impliqué avec mes chiens et c’est plutôt Stéphanie qui s’implique plus dans la vie du village ! Sinon dans l’ensemble on peut dire que le norvégien est quand même assez froid. Mais quand tu manges du moins 40°C pendant trois semaines, tu vas le voir et tu as l’impression qu’il te fait la gueule, en fait il est juste aussi déprimé que toi de pas avoir vu le soleil. Mes habitudes sont très simples et réglées comme du papier à musique : s’occuper des chiens, du chenil, entraîner et l’été les guidages de pêche à la mouche. Les intersaisons sont mises à profit pour planifier et organiser tout cela au mieux, le tout intercalé de petits boulots occasionnels et ces derniers temps de beaucoup de mécanique car j’ai un peu la poisse entre le camion, la voiture, le quad …

jean philippe pontier peche

Aux vues des images présentes sur ton Facebook, être guide à la pêche à la mouche en Norvège ressemble à une super partie de plaisir, toi et ta famille avez l’air totalement épanouis.
Comment passe-t-on d’une formation de mécano poids lourds à Castres à guide de pêche à la mouche en Norvège ?

C’est sûr on ne va pas se plaindre, on est dans un environnement magnifique, dans la nature et on rencontre pleins de gens passionnés aussi bien l’été avec la pêche que l’hiver avec le mushing. Je suis venu à la pêche depuis tout petit avec mon père dans le Tarn : il est lui-même pêcheur à la mouche et il monte ses propres mouches. Pris par ma passion du mushing et par mon travail je n’avais pas trop le temps de m’y intéresser en France mais ici les conditions sont exceptionnelles : la Glomma est l’une des rivières à ombres les plus réputées d’Europe et la portion autour de Tolga où nous habitons constitue le dernier tronçon encore sauvage de la rivière avec des règles de pêche strictes qui ont permis le développement de magnifiques poissons. Je me suis donc remis à la pêche et j’en suis venu à être les pieds dans l’eau, canne à la main tous les jours de juin à octobre depuis maintenant 3 étés. J’ai beaucoup progressé et j’ai encore beaucoup à apprendre mais le plus important c’est que je me régale. Les points communs avec le mushing sont bien présents même si on ne les devine pas à priori. Le contact avec la nature bien sûr mais aussi la notion de compétition et la pression de réussir à attraper le gros poisson convoité, la stratégie, la concentration et le sang-froid s’ajoutent à la technique, essayer de comprendre le poisson, deviner ce qu’il a envie de manger, l’approcher sans se faire repérer, également parfois la frustration de ne pas réussir ce que l’on voulait : tout cela est très prenant et fascinant.

jean philippe pontier chiens traineau

Comme je le disais, il me semble que tu as commencé avec un husky sibérien vers tes 18 ans, que tu as attelé à ton vélo, puis de fil en aiguille tu as commencé à faire courir tous les chiens du voisinage (source france-mushing), à quel moment exactement tu t’es dit « Je vais en faire ma vie » ?

Je ne dirais pas que j’en ai fait ma vie car j’ai encore beaucoup d’expériences à vivre ! Je viens de participer à un rallye automobile en Corse et j’ai vraiment adoré donc qui sait ce que je ferai demain ? Ceci mis à part, les chiens ont toujours fait partie de ma vie et en feront sans doute toujours partie même si j’arrêtais le mushing. L’opportunité de venir vivre en Norvège avec ma compagne s’est présentée, nous l’avons saisie et aujourd’hui nous vivons cette vie-là à 100%. J’ai trouvé ici des conditions idéales pour entraîner mes chiens, il y a de la neige 6 mois par an, des pistes magnifiques, peu de monde, la nature sauvage et préservée dont je rêvais lorsque j’entraînais en France dans la boue. Les possibilités de courses sont également nombreuses sans avoir besoin de traverser toute l’Europe : de plus en plus de compétitions se développent en Norvège et Suède dans la mi-distance / longue distance et le public s’y intéresse de plus en plus : il y a de nombreux mushers, d’excellentes lignées de chiens et de nombreuses possibilités d’échanges et de rencontres même si les barrières de la culture et de la langue ne sont pas faciles à franchir et me ferment pas mal de portes. Il faut de la persévérance et du sérieux, tout le travail finit un jour par payer. J’ai aimé la phrase de Hugh Neff  dans ton interview sur Husky Sibérien disant que ce sont ceux qui se font plaisir qui durent longtemps : « Celui qui court pour la gagne, arrêtera un jour de courir lorsque celui qui court pour le plaisir, courra longtemps ». C’est exactement ce que je fais, je trace mon sillage à petits pas mais en essayant de me faire plaisir ne pas m’endormir sur mes lauriers en continuant à progresser chaque année. J’essaye aussi d’amener chaque année quelque chose de nouveau pour avoir toujours du fun : c’est important de prendre plaisir à ce que l’on fait !

Combien possèdes-tu de chiens maintenant ? Te reste-t-il des Sibériens ?

22 chiens dont 2 retraités, tous alaskan huskies !

Décris-nous l’environnement dans lequel vivent tes chiens? Enclos, Parc, Niche ?

Je fonctionne selon le principe du chenil alaskan tel que je l’ai connu lorsque j’étais handler pendant 2 saisons là-bas. Une niche par chien, piquet et chaîne. J’ai toujours fonctionné avec ce système et il me convient très bien ainsi qu’à mes chiens je pense. J’ai essayé à un moment donné l’enclos mais j’ai remarqué que les chiens déprimaient de se retrouver derrière un grillage. L’avantage du piquet c’est que les chiens ont une vue dégagée sur les environs, ils peuvent communiquer et jouer entre voisins et ils n’ont pas la sensation d’enfermement. Mon prochain grand projet est de construire un parc de détente pour pouvoir lâcher les chiens en liberté sans craindre des embrouilles avec les moutons des voisins …

jean philippe pontier traineau musher grande odyssee

« Eyes » est le retraité de ton chenil et j’ai pu lire « Jean Philippe et Eyes entretiennent des relations très particulières et sont liés par une grande complicité ».
Peux-tu nous en dire plus sur ce chien et votre relation ?

Eyes m’a été offert chiot pour Noël en Alaska en 1999 par Andi Hütten, musher allemand de sprint ayant participé à la Fur Rondy et à l’ONAC. Nous avons fait du chemin ensemble, l’Alaska, la France, la Norvège, de nombreuses courses en sprint, mid, longue, Alpirush, LGO, Finnmark, Femund, … Pleins d’anecdotes et d’histoires en commun, des descendants et une belle complicité. Aujourd’hui il est au repos, un peu tordu et balafré de partout après sa rencontre avec des sangliers dans les Pyrénées il y a déjà quelques années. Il est le destinataire attitré de tous les os de gigot de la maison !

Etant proche de la Femundlopet, et l’ayant couverte l’année passée, est-ce une de tes courses favorite ?

C’est une course que j’aime beaucoup mais malheureusement, les calendriers ayant été modifiés elle n’est plus compatible avec la Grande Odyssée : la LGO a été retardée d’une semaine et la Femund avancée d’autant, donc il n’est plus possible de s’aligner sur les 2 et c’est très dommage : il n’y a presque plus de scandinaves sur LGO et pour ma part je ne peux plus participer à Femund qui est en effet ma course « à domicile » ! Je peux donc la suivre depuis le canapé ou devant l’ordinateur, et même depuis le bord de la piste qui passe non loin de la maison et je passe pour ainsi dire de l’autre côté de la barrière, c’est également instructif ! L’an dernier j’aurais même dû la faire en tant que handler pour mon voisin Morten Paulsen qui m’avait accompagné en première semaine sur LGO mais il a dû renoncer car il est tombé malade.

Tu fais actuellement parti des meilleurs mushers français et même internationaux, penses-tu que tu que tu aurais pu en arriver là si tu étais resté en France ? Que t’a apporté la Norvège pour toi et tes chiens ?

Je ne sais pas si je suis un des meilleurs, il y a toujours meilleur et il faut toujours défendre son titre, je sens que la concurrence en veut et qu’il va falloir que je me bagarre ! En tous les cas la Norvège m’apporte énormément, les conditions d’entraînement sont tops, je progresse beaucoup et je suis au cœur du Grand Nord, avec des conditions parfois de rêve et parfois très difficiles : savoir gérer les situations difficiles c’est aussi ça être un bon musher et je n’aurais pas pu me confronter à cela en France !

jean philippe pontier traineau musher grande odyssee enfant traineau

Parlons de LGO 2013, une nouvelle fois, une superbe course de ta part avec dès les 1ers jours ou tu annonces clairement tes objectifs, avec des chiens au top, quelle est la chose qui te fait être aussi stable et aussi régulier depuis quelques années ? Tu es un gros travailleur ? 🙂

Oui, je crois. C’est un sport vraiment très exigent car tu dois gérer l’entraînement d’environ 20 athlètes en plus du tien et le succès dépend d’énormément de paramètres. Il faut vraiment être passionné pour se lancer là-dedans et pour essayer de réussir. Il y a tout un travail sur les lignées, la sélection, le matériel, la nutrition, les entraînements, la recherche des qualités individuelles de chaque chien, amener chacun à exprimer son potentiel et à donner le meilleur de lui-même. Mon objectif n’est pas de « brasser du chien » mais de chercher à comprendre mes chiens: j’ai peu de chiens et un faible turn-over dans mon team : vous pouvez retrouver mes chiens d’une année sur l’autre et les voir évoluer avec moi. Proportionnellement aux courses auxquelles je participe et à mes résultats, je peux dire que je suis vraiment fier d’amener mes chiens à ce niveau. Je trouve qu’il est dommage de voir des teams qui se présentent chaque année avec des nouveaux chiens et qui ne pensent qu’à gagner sans chercher à comprendre leur chien ou à les amener à un meilleur niveau. On dit qu’il n’y a pas de mauvais outils mais que de mauvais ouvriers, je dirais que c’est pareil pour les chiens : il n’y a pas de mauvais chien mais que de mauvais entraîneurs … Ca m’agace de voir des mecs brasser plus de chiens en une saison que moi depuis mes débuts. C’est sûr qu’il y a sans doute des chiens qui ne sont pas faits pour la course mais si il n’y a que la gagne qui compte, il faut arrêter le mushing et faire autre chose ! Les chiens ne sont pas des objets que l’on ballade de droite et de gauche et que l’on bazarde au moindre problème. J’ai plein d’exemple de chiens qui avaient des blocages : avec de la patience et de l’amour, on arrive toujours à passer outre !

Toujours sur cette LGO 2013, nous t’avons vu très proche d’un de tes chiens de tête, quelle relation entretiens tu avec eux ?

Tu parles sans doute de Jacko : je l’ai acheté chiot à Robert Sorlie en 2007, et c’est un chien extraordinaire : il est d’une douceur incroyable, très zen, puissant et vraiment très à l’écoute. Nous avons une grande complicité. A la maison ici nous entraînons beaucoup en montagne hors-piste. Il est donc primordial d’avoir des leaders : des chiens qui font la différence entre un « petit » virage à droite ou un « grand » virage à droite … Parfois la visibilité est si mauvaise que nous ne naviguons qu’au GPS sans aucune trace ! Tu imagines à quel point dans une situation pareille il est important de pouvoir compter sur tes chiens et les liens que cela peut créer !

jean philippe pontier traineau musher grande odyssee Tarzan-Jacko-a-Grimsbu

Pourrais-tu nous raconter ton meilleur souvenir, depuis tes débuts?

Pas facile comme question : j’ai pleins de souvenirs et je ne les classe pas forcément. Je pourrais quand même te citer ma première longue Femund terminée en 2010. Sur la boucle de Grimsbu 2, au lever du soleil, l’attelage avançait bien et j’ai senti que nous allions y arriver ! J’avais scratché à Grimsbu en 2007 et cette étape m’avait laissé un goût amer. Cette fois-là, tout était différent et j’étais comme ivre, à la fois de fatigue de n’avoir pas dormi de plusieurs jours et de bonheur d’être là avec mes chiens, de tailler la route et d’avoir la certitude que cette fois nous irions au bout. En plus le lever du soleil ce jour-là était somptueux, les paysages grandioses, je me sentais au paradis ! Je pourrais aussi te citer en Alaska quand je partais en bivouac avec les chiens, je me faisais un feu pour dormir et il m’est arrivé d’être réveillé par un scintillement de neige sur le visage : en ouvrant les yeux il y avait une aurore boréale au-dessus de ma tête : des moments vraiment merveilleux !

Ta prochaine course sera sûrement LGO 2014? Comment se passe ta préparation ?

Cette année, je vais aligner 2 team au départ de LGO : mon ami Olivier Perroy, conduira le team B ! L’objectif est de donner de l’expérience en course aux jeunes chiens de mon team et du team de Nicolas Vanier. En effet, nous avons décidé de nous associer avec Nicolas en vue de préparer la Yukon Quest et l’Iditarod dès 2015 ! Le plan est de mettre en commun nos chiens et nos entraînements pour que Nicolas courre en 2015 et moi en 2016 ! Ça va être encore un cran au-dessus et j’avoue que je ne sais pas encore tout à fait vers quoi je me suis engagé ! Ce que je sais c’est que c’est le rêve de tout musher de longue distance et qu’en tant que tel, je ne peux pas continuer à tourner éternellement autour du pot jusqu’à ce qu’il soit trop tard ! Je dois donc me lancer de nouveaux défis… Celui-ci est de taille et je m’y prépare dès à présent !

Tes objectifs cette année? LGO? Finmark? Artic alps cup de nouveau?

L’Artic Alp Cup a été à priori arrêtée faute de participants : il est vraiment très difficile d’amener les mêmes chiens à participer la même saison à une course à étapes avec des rythmes rapides de 16km/h de moyenne et des dénivelées importantes et à la course de longue distance la plus longue d’Europe avec 1000km en continu, des conditions de froid parfois extrêmes et des moyennes tournant plutôt autour de 12km/h ! Il y a un gros travail de réadaptation de la foulée des chiens entre les 2 courses et malgré tout le succès n’est pas garanti : tu prends donc un très gros risque par rapport à ta saison lorsque tu t’engages sur un tel challenge ! Je suis heureux d’y être arrivé en 2013 mais je ne crois pas qu’il soit possible de viser la victoire sur une course comme Finnmark en effectuant des entraînements très rapides tout l’automne comme l’exige la Grande Odyssée : à un moment il va me falloir faire un choix ! En 2014, je renouvelle le programme de 2013 pour les 10 ans de LGO : LGO + Finnmarkslopet 1000 en espérant que mon camion accepte le challenge !

jean-philippe-pontier
Y a t’il un musher que tu admires en particulier ? Et pourquoi ?

Je trouve qu’il y a beaucoup de mushers admirables mais je n’ai pas de modèle en particulier. J’ai eu la chance de rencontrer Lance Makey en Norvège en 2010. Un mec accessible et qui a beaucoup de mérite, qui a réussi des choses supers. Robert Sorlie est aussi un grand champion que j’ai la chance de connaître et beaucoup de mes chiens sont issus de ses lignées. Je l’admire beaucoup et je me réjouis de le suivre sur Iditarod cette année. J’admire aussi mon copain chti Benoit Gérard qui est comme moi un passionné, qui vit dans sa cabane au fond des bois et qui a fini Iditarod ! Et puis Nicolas Vanier qui a fait beaucoup pour notre sport en France, pour le faire connaître et aimer du grand public et réaliser de magnifiques films qui ont fait aimer le Grand Nord et susciter des vocations !

Je te laisse le mot de la fin? Une histoire, un mot, une phrase, une envie ?

Je profite de l’occasion pour remercier tous mes supporters, ma famille et mes sponsors :

Royal Canin, Les Carroz,  Veto Online, Antidots, Antipode,

le Conseil Général du Tarn, Canelana, Tolga Os Sparebank,

Vitrerie SavoyardeDermoscent.

Si vous avez envie de mieux me connaître et de découvrir la région où nous vivons, nous avons développé une structure d’accueil avec chambres d’hôtes, Stéphanie est aux fourneaux et nous vous guidons sur les activités de votre choix en fonction des saisons ! Vous pouvez ainsi venir jusqu’ici et conduire mes propres chiens de course au guidon de votre propre traîneau !

Rendez-vous sur www.escapade-norvegienne.com et bienvenus à Hodalen !

Merci Jean Philippe Pontier pour cette interview, nous te retrouvons sur LGO 2014 ! Bon courage 🙂

 

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